Les jeux d'aventure de Kojima   PAR Dreamboum 





Policenauts - starring Mel Gibson and Danny Glover





Bien que surtout connu pour sa série Metal Gear Solid qui est assez populaire pour son côté très cinématographique, l'amour que porte Hideo Kojima au cinéma est surtout mis en exergue par d'autres jeux sortis auparavant. Snatcher en est le parfait exemple et ne cache pas du tout l'énorme inspiration de Blade Runner au cours de l'aventure jusqu'à se demander si on assisterait pas plutôt à une réécriture... Policenauts, c'est un peu la même chose, mais cette fois-ci, ce n'est pas d'un film prestigieux made in Ridley Scott qu'il s'inspire mais plutôt de...L'arme Fatale ?! Et oui, la principale source d'inspiration vient de ce film d'action buddy-cop entre Mel Gibson et Danny Glover. Cela ne paye pas de mine à première vue mais par un mélange étrange qui s'est fait dans l'imagination fertile de Kojima, tout cela est accompagné par un univers d'hard science-fiction ! On assiste alors à une aventure assez incroyable ou Mel Gibson se retrouve à côtoyer les tréfonds d'une colonie spatiale. L'Arme Fatale in space, rien que ça.




Support : PC-98, 3DO, Playstation, Saturn
Développeur : Konami
Genre : Visual Novel
Thème : Cyberpunk


Vous contrôlez Jonathan Ingram (ou Mel Gibson), un jeune homme de 25 ans qui devrait en avoir 50. Jonathan faisait partie d'une section d'élite internationale de la police appelée Policenauts. Cette section était chargée de s'occuper de la sécurité de la construction de la première colonie spatiale habitable nommée Beyond. Mais voilà qu'un accident se déroule lors de l'essai d'une nouvelle combinaison spatiale et Jonathan se retrouve à déambuler dans l'espace jusqu'à qu'on le retrouve, 25 ans plus tard, sauvé par le module de survie qui l'a plongé dans un sommeil cryogénisé et qui l'a empêché de vieillir durant son sommeil. Après trois ans de rétablissement, Jonathan est devenu détective sur Home, le nom donné à la Terre et qui est maintenant devenue un endroit mal famé, en proie à l'insécurité après l'exode massif vers Beyond. Un jour, son ex-femme -qui a maintenant la cinquantaine- vient demander les services de Jonathan car son actuel mari est porté disparu. Jonathan hésite à prendre cette affaire, cependant, Lorraine se fait assassiner sous ses yeux juste après être sorti de son bureau. Jonathan jura alors d'exaucer son dernier souhait et c'est ainsi qu'il se mit en route pour Beyond, bien décidé de venger la mort de Lorraine et de retrouver son mari, quoi qu'il en coute.



Mel Gibson, is that you ? Meryl ? Mais qu'est-ce que...?


Tout comme Snatcher, Policenauts lorgne surtout du côté du visual novel. Ce qui frappe surtout dès le début du jeu, c'est la quantité de détails présents dans l'univers de Policenauts. Rien n'est laissé au hasard. De l'utilisation d'une arme à feu dans un environnement zéro gravité à la création artificielle du poivre, vous saurez absolument tout sur la colonie Beyond dans ses moindres détails avec une cohérence du monde spatial qui est tout bonnement stupéfiant. Rien que la première scène dans le bureau de Jonathan donne le ton, il est possible d'examiner un objet sept fois de suite et avoir sept explications différentes qui permettent d'avoir plus de détails sur la création de l'objet, sur son utilisation, sur l'état d'esprit de Jonathan, sur son passé et bien d'autres. La quantité de choses que vous pouvez examiner est absolument gargantuesque ! Livres, photos, journaux, vêtements jusqu'à l'insecte insignifiant qui se trouve à un coin de l'écran, tout est détaillé par des décors très bien réalisé dans un style animé. On ne s'ennuie jamais d'en découvrir encore plus sur les tréfonds de cette colonie spatiale et tout cela nous pousse à cliquer sur chaque objet pour en savoir plus encore et encore. L'immersion est garantie. Un très bon travail a aussi été accordé aux personnages qui parsèment l'aventure. Aucun d'entre eux n'est laissé de côté et ont tous un background plus ou moins important comme votre vieil ami, Ed Brown (le Roger Murtaugh de Policenauts), qui sera votre compagnon durant toute l'aventure ainsi que Tony Redwood, un policier assez mystérieux et difficile à cerner. D'ailleurs, les fans de la série Metal Gear Solid pourront même reconnaitre le personnage de Meryl Silverburgh, qui est d'abord apparu pour la toute première fois dans ce jeu !



Martin Riggs est prêt à en découdre
J'espère que vous êtes un pro du Dr.Maboul !


En ce qui concerne le gameplay, ne comptez pas vous servir intensivement de votre manette, l'utilisation d'une souris est d'ailleurs fortement conseillée. Contrairement à Snatcher, vous vous baladez pratiquement tout le temps en vue à la première personne dans différents tableaux à la manière d'un point&click en examinant les objets et en discutant avec les personnages présents. Il s'agit du plus gros de l'aventure, on se retrouve surtout dans un rôle de spectateur, sans aucune incidence dans l'histoire. Vous pouvez avancer dans l'histoire seulement après avoir fouillé un lieu et avoir discuté avec tous les personnages en profondeur. Il faudra par exemple examiner un cadre photo. Discuter avec le personnage à propos du cadre photo. Il vous répondra que c'est son fils. Vous poserez des questions à propos de son fils. Vous en poserez encore d'autres jusqu'à qu'il parle de sa femme. Wash. Rinse. Repeat. Vous répéterez ce même processus à l'infini jusqu'à que le jeu estime que vous avez suffisamment exploré le lieu pour pouvoir avancer dans l'histoire. Classique. Cependant, cela devient assez déroutant vu la richesse du jeu au niveau des détails car il arrive de passer son temps à examiner tout et n'importe quoi et à discuter de tous les sujets possibles avec les personnages sans pouvoir avancer car vous avez malencontreusement oublié d'examiner le bouchon caché derrière un pied d'armoire dans un coin sombre de la pièce ou la lumière défectueuse s'allume une fois toutes les 10 secondes. Heureusement, cela arrive très rarement et vous savez généralement ce qu'il faut faire pour avancer.


La grande force du jeu vient de ce duo.
Vous examinez les lieux en pointant avec le curseur


Même si le gameplay ne se démarque pas d'un visual novel, elle arrive tout de même d'avoir certaines phases ou votre dextérité est mise à l'épreuve. Tout comme Snatcher, le jeu est ponctué par de différentes phases de tirs qui viennent pimenter l'aventure. Le but est alors de diriger un pointeur vers l'ennemi et de lui tirer dessus, comparé à Snatcher où vous devez choisir différentes "cases" à l'écran pour tirer. D'ailleurs, si vous voulez tenter de faire le jeu à la manette, cela devient très vite un cauchemar car il vous faut être très précis, l'ennemi se mettant à couvert à différents endroits et ne dévoilant qu'un millimètre de son corps pour vous cribler de balles, surtout vers la fin où on vous demande des réflexes quasi-surhumains pour pouvoir s'en sortir vainqueur. Il arrive aussi d'être confronté à des énigmes comme découvrir un mot de passe à partir de symboles qu'on ne peut seulement résoudre en fouillant dans le manuel, idée de génie pour protéger son jeu contre le piratage. Il y a aussi (et surtout !) une séance de désamorçage d'une bombe qui doit être la meilleure jamais réalisé dans un jeu-vidéo et qui me donne encore des frissons ! (je suis sérieux, c'est vraiment énorme.)



Fanservice oblige, il est possible de toucher les seins de TOUTES les femmes présentes dans le jeu. Merci Kojima.


Le soft étonne sur d'autres points, comme les artworks du jeu qui restent aujourd'hui très plaisant à regarder dans ce style animé très bien dessinés. Le jeu possède aussi beaucoup de séquences animées de bonne facture, le seul point noir étant certaines séquences en 3D qui n'ont pas tenu le poids des années. Il y a aussi une très grande part de voix enregistrés, ce qui n'était pas du tout banal en 1994. Cela donne vie aux personnages du jeu qui sont sublimé par un doublage japonais d'excellente facture, surtout pour Jonathan. D'ailleurs, certains même se retrouveront à faire des personnages de la série Metal Gear Solid quelques années plus tard : Hideyuki Tanaka, la voix de Jonathan se retrouvera à faire Otacon, Kyoko Terase conservera son rôle de Meryl et pleins d'autres. Il faut toutefois prendre le temps de pointer du doigt deux versions de Policenauts, il y a la version NEC PC-98 qui est sensiblement différente de la version Playstation, Saturn et 3DO au niveau du visuel. La version PC-98 fait la part belle à des dessins pixel-arts plutôt qu'à des dessins animés. Cette version est à mon goût beaucoup plus belle, étant largement destiné à survivre à l'épreuve du temps que la version "animé", elle est aussi beaucoup plus détaillée car elle ne souffre pas de la compression atroce des versions consoles. A vous de faire votre propre opinion à ce sujet.




NEC-PC98 Playstation/Saturn/3DO


Il n'y a pas trop de différences entre les versions en ce qui concerne le contenu, on notera surtout la version PC-98 qui bénéficie de scènes qui sont abordés de façon assez différentes et la version Saturn qui est la plus complète au niveau du contenu avec quelques scènes supplémentaires mais ce ne sont pas des portions indispensable à la compréhension du scénario. L'une des différences est niveau de l'introduction, la cinématique d'intro des versions consoles qui montrent l'accident de Jonathan n'étant pas présente dans la version PC-98, on devine ce qu'a subi Jonathan Ingram en fouillant à travers son bureau et les coupures de journaux, ce qui est un moyen beaucoup plus efficace et moins redondant de présenter l'incident à mon goût. Le jeu n'a d'ailleurs jamais été traduit bien qu'il semblerait que cela a été envisagé pour la version Saturn à l'époque avant d'être abandonné, cependant, les bons gars de chez JunkerHQ ont pris la peine de traduire le jeu et le résultat est tout simplement bluffant, le texte est fidèle au possible et il n'y a aucun caractère japonais qui traine dans le jeu ! Le patch n'existe malheureusement que sur Playstation, rendant impossible d'apprécier la magnifique version PC-98 ou Saturn/3DO, bien qu'il semblerait qu'un patch saturn soit en développement, ce qui est une bonne chose car étant la version la plus complète des versions consoles.



Cette enquête sera aussi l'occasion de revoir certains amis de longue date


En ce qui concerne l'histoire, cette enquête mené par le héros a surtout comme prétexte de nous faire découvrir l'univers installé par Kojima. On en profite pour nous montrer l'adaptation dont doit faire preuve l'être humain pour pouvoir vivre dans l'espace ainsi que les conséquences que cela peut apporter dans notre corps. Des enjeux d'une société dans l'espace et de ce cocon totalement contrôlé par l'homme. Tout cela pose les fondements de l'univers pour donner du crédit à l'histoire qui elle donne lieu à un paquet de rebondissements et de révélations renversantes au fur et à mesure de notre progression, du moins, pour peu qu'on s'y implique car l'enquête démarre véritablement après toute cette découverte de ce nouveau monde pour Jonathan Ingram. Tout cela reste cependant assez classique, on se retrouve surtout dans une histoire typé film d'action des années 80 : le policier qui découvre un monde gangrené par la corruption et met les pieds dans un terrain dangereux, rien de véritablement original.


Jonathan est prêt à en découdre (PC-98) Voici Viktor avec son I.A nommée Gorby (PC-98)


Cependant, Policenauts n'est pas qu'une histoire d'enquête et d'univers de science-fiction ultra-développé, il pose un problème plus sérieux et qui donne toute la saveur du jeu. il dépeint surtout un véritable choc des générations. Jonathan Ingram qui n'est que dans sa vingtaine se retrouve subitement confronté à revoir ses compagnons qui ont le double de son âge et assiste alors à un univers beaucoup plus adulte, dangereux et même traitre, complétement différent de tout ce qu'il avait vécu avec eux 30 ans auparavant. C'est ainsi que par sa seule présence, Jonathan chamboule toute la colonie spatiale jusque dans ses fondements. Cependant cela ne masque pas certains défauts, car Policenauts fait vraiment les choses en grand sans pour autant y gratter encore plus profondément, on reste toujours dans le stade de l'enquête alors qu'il y avait matière à faire largement plus, surtout quand on prend la peine d'installer un univers aussi grandiose. On aurait facilement pu se permettre d'ajouter de véritables enjeux politiques, de société, et/ou de rapport humains mais tout cela ne décolle pas vraiment. On reste surtout dans la vendetta de Jonathan Ingram avant tout. Cela reste tout de même d'excellente facture, on prend du plaisir à explorer l'univers et l'histoire n'est au final pas si conventionnel que ça, elle est même assez bien exploité. Il est seulement dommage de se retrouver à se dire qu'il aurait pu être encore plus incroyable qu'il ne l'est déjà, ça reste surtout dans l'optique "Arme Fatale dans l'espace" (enfin, avec un scénario largement meilleur que le film, mais vous m'aurez compris).



Jonathan, tout comme Mel Gibson, a vraiment une classe folle (PC-98)


Mais pourquoi s'inspirer de l'Arme Fatale ? La véritable raison réside surtout autour du duo Jonathan Ingram et Ed Brown avec cette amitié entre deux personnalités opposés. on passe alors un bon moment à voir les déboires de Jonathan, le jeune plein d'entrain et Ed, son ami décidément trop vieux pour ces conneries. Il en ressort alors des moments incroyablement drôles, qui donnent vie aux personnages et qui arrivent à rester drôle et à se renouveler tout au long du jeu (tout le contraire de l'Arme Fatale qui s’essouffle dans la deuxième moitié du film dans un trip nanard au possible). Kojima l'a sans doute bien compris et c'est sans doute l'objectif principal qu'il s'est posé tout au long du jeu. Vouloir pourquoi la scène du désamorçage de bombe est aussi énorme, pas pour la dextérité qu'il faut avoir pour la désamorcer mais plutôt parce qu'il s'agit du point culminant de ce duo efficace, se lançant des piques à tout va, enchainant les répliques drôles sans interruption et cassant le quatrième mur pour s'adresser directement au joueur, on se sent réellement proche de ce duo qui marche à la perfection.


Deux aperçus de l'excellente bande-son


Policenauts dépote alors dans de nombreux points, du style animé (ou pixel-art selon le choix) à l'univers, au traitement des personnages, au mélange étrange mais délicieux de l'Arme Fatale dans un univers science-fiction. Il souffre sans doute un peu de ses ambitions, mais il s'impose totalement en tant qu'expérience. Sans doute pas dans tous les domaines, mais quand vous rentrez dans une maison pour enquêter et que vous avez subitement à votre disposition une étagère où vous pouvez écouter plus d'une trentaines de musiques, des remix de Snatcher jusqu'aux compositions originales ou que vous vous retrouvez subitement à chasser une mouche qui se retrouve comme par hasard sur la poitrine de votre interlocutrice le tout accompagné par une ambiance et une bande-son jazzy qui rappelle les bon vieux films d'action ou/et de SF de l'époque et vous savez que vous vous êtes embarqués dans une putain d'aventure. C'est comme ça, Policenauts est généreux.



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Policenauts - starring Mel Gibson and Danny Glover






A propos de Policenauts (Aventure) sortis en 1994 sur NEC PC-9801

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