Super NES / Super Famicom   Gunple ~GUNMAN'S PROOF~   Action/Aventure   1997  PAR Folkefiende 






Il semblerait que la Super Famicom ait historiquement été la console des expériences improbables. Il faut dire que l'arrivée de la 16-bit est sans doute, remise en contexte, l'une des évolutions les plus radicales que le jeu vidéo ait jamais connu. Les vieilles limites de la Famicom faisaient place au nouveau monde ouvert par la nouvelle console de Nintendo. Suffisamment pour qu'un studio comme Hector, avec son passée de jeux osef, finisse par produire un jeu comme Ihatovo Monogatari, en tout cas ; et c'est d'un jeu né dans un contexte similaire dont je vais vous parler dans cette review.

Le studio Lenar, dont il est question ici, est effectivement loin de figurer au panthéon du développement de jeux vidéo. Leur première production, Bird Week, est sortie sur Famicom en 1996. Il s'agit d'un jeu d'arcade simpliste, mais plus qu'oubliable à en juger sa review sur Hardcore Gaming 101... dans la section kusoge. Ça commence mal... et ça continue en rampant, à vrai dire. La localisation aux USA de leur deuxième jeu, Deadly Towers (Mashou au Japon), ne leur a permis de remporter que le mépris du public américain : Le jeu est effectivement connu pour sa difficulté hyper mal dosée et la pauvreté de son design global (il a même été testé par l'AVGN). Bref, Lenar s'est cassé les dents dès le début. S'ils se sont visiblement un peu rattrapés par la suite en développant deux RPG (Knight Quest sur Game Boy en 1991 et Magna Braban Henreki no Yusha sur Super Famicom en 1994), l'essentiel de leur ludothèque reste franchement inintéressant... et j'ai pas vraiment envie d'aller jouer à leurs jeux de pêche ou de course à moto entre persos de tokusatsu pour en parler davantage. Et un jour, après la sortie de leur jeu de course générique GT Racing... L'illumination.

Gunple ~GUNMAN'S PROOF~ est sorti sur Super Famicom en 1997, relativement tard dans la vie de la console donc. Il a été édité par ASCII Corporation uniquement au Japon et, ironie du sort, le seul jeu véritablement intéressant de Lenar sera aussi leur dernier... Ils auront au moins fini en beauté. Il s'en est fallu de peu pour qu'il ne soit complètement inconnu en dehors de l'archipel par contre, car sans la traduction d'aeon genesis, probablement personne n'aurait été fouiller dans les productions jap-only de Lenar ! Il s'agit donc d'un Action-RPG un peu similaire à The Legend of Zelda: A Link to the Past... Enfin, très similaire même. Le jeu se base clairement sur les codes instaurés par le troisième épisode de la série Zelda, et c'est tellement évident que c'était sûrement assumé. Cela ne veut pas dire pour autant que Gunman's Proof n'est qu'un vulgaire clone d'un jeu certes sans faille mais déjà classique en lui-même ; au contraire, il parvient à créer quelque chose de tout à fait original à partir de cette base. Déjà, en changeant complètement le setting, ce qui est loin d'être négligeable : Direction 1880, le Far West !

Le jeu s'ouvre sur une courte introduction, au cours de laquelle est fixé le cadre de l'aventure. On nous y explique que deux météorites sont venues frapper l'Ouest américain et qu'elles sont visiblement, malgré l'indifférence générale envers l'évènement céleste, à la source de la soudaine apparition de créatures bizarres et agressives dans la région. Une fois l'intro finie, on arrive sur l'écran titre qui est assez... étonnant (autant pour sa musique que pour le fait qu'il clignote de toutes les couleurs). En commençant une nouvelle partie, la petite histoire se poursuit et c'est là qu'on fait la connaissance de Gunple ("Ganpuru" peut se traduire d'autres façons, comme "Gample", mais il s'agit ici de la plus cohérente), un jeune garçon du village de Bronco au sud de Strange Island, pas loin d'où ce sont crashées les météorites. Alors qu'il flâne en dehors du village, un... OVNI se crashe devant lui et deux entités s'extraient de la carcasse : Elles se présentent comme Zero et Mono, shérifs de l'espace, à la poursuite d'un criminel appelé Demi qu'ils croient échappé sur Terre. Passé le coup de frousse, le héros semble carrément captivé par l'histoire et propose même son corps comme hôte pour aider Zero dans sa quête ! Armé de votre détermination et après quelques... hum... "négociations" avec votre père, vous voilà parti dans l'aventure !



And not a single fuck was given that day.


Enfin, pas pour tout le monde...


On se rend effectivement vite compte que la comparaison avec A Link to the Past n'a rien d'abusif : Rien que le HUD est quasi identique. Cependant, le jeu ne se contente pas de changer l'environnement général ; il se joue quand même différemment. Ici, évidemment, pas d'épée ! Vous possédez deux armes : Votre pistolet et votre poing. Le coup de poing est relativement peu efficace, vous lui préférerez en général le pistolet ; et ça tombe bien, puisque les munitions dudit pistolet sont illimitées ! Vous pourrez donc canarder vos ennemis à loisir. Il y a 8 axes de tir, et c'est parfaitement suffisant pour pouvoir s'adapter à toutes les situations. Par ailleurs, vous pouvez faire du "strafing" grâce aux gâchettes L & R : C'est-à-dire que votre personnage se déplace, mais qu'il maintient sa visée verrouillée dans une même direction. Ça permet d'esquiver les balles ennemies tout en continuant à les mitrailler sans temps mort, et ça deviendra rapidement un automatisme tant c'est pratique et efficace ! Vous pouvez aussi vous coucher par terre et ramper pour éviter les balles, pratique dans certaines situations serrées.

Bien sûr, votre arsenal évoluera au cours du jeu : Il y a deux nouveaux pistolets ainsi que deux paires de gants qui augmenteront la puissance de vos coups. Vous pourrez aussi apprendre des techniques spéciales qui vous permettront par exemple de charger votre tir. Mais ce n'est pas tout ; si le jeu est entièrement dépourvu d'autres objets à équiper contrairement à Zelda, vous pourrez débloquer la disponibilité d'autres armes comme une mitrailleuse ou un bazooka que dropperont parfois les ennemis quand il sont éliminés. Une fois ramassées, elles remplacent votre arme principale jusqu'à l'épuisement de leur stock de munitions. Et elles sont franchement jouissives à utiliser ! Vous pourrez aussi trouver des bombes qui explosent sur toute l'étendue de l'écran. Mais les ennemis ne droppent pas que ça : Ils laissent aussi derrière eux de la bouffe (pour régénérer votre énergie) et du fric (pour acheter des objets clé et encore plus de bouffe). Sans oublier les carottes qui commencent à apparaître après que vous ayez fini le premier donjon : Elles vous permettront d'appeler le shérif de l'espace Mono... dans le corps d'une mule nommée Robaton. Vous pourrez la chevaucher un court laps de temps pour courir dans tous les sens et tout piétiner sur votre passage. Tenez, parlant de donjons, il est temps d'aboder le sujet.



Le strafing sera la clé de votre victoire... et vous coucher par terre vous économisera bien de l'énergie.


Avec 16 tirs de bazooka, il y a moyen de faire des gros dégâts. Et avec Robaton, aussi...


Parce que si ça rappelle encore une fois Zelda, les donjons de Gunman's Proof sont bien différents malgré leur look très similaire. Au nombre de 6, ils sont bien plus courts, les énigmes en sont en fait quasi-absentes et les boss sont franchement bourrins : L'essentiel de leur exploration est constitué de fusillades non-stop. Mais ces donjons ne sont pas pensés pour être "simplement" finis. Et pour cause... Si vous avez bien regardé les screenshots, vous aurez pu remarquer qu'il y a un "score" en haut en gauche ! Hé ouais, on peut faire du scoring dans ce Zelda-like ! Vous pouvez bien entendu amasser des points en tuant des ennemis ou en ramassant des objets, mais l'essentiel de ce qui constituera votre score final seront les points obtenus à la fin d'un donjon. En effet, après avoir battu le boss, vous obtiendrez une large somme de points en fonction de trois facteurs : L'énergie qu'il vous reste, le temps que vous avez mis pour terminer le donjon et les trésors que vous avez dénichés. Bref, l'idée des donjons de ce jeu, ce n'est donc pas seulement de les finirs ; c'est de les finir le plus vite possible, sans rien manquer et sans se prendre trop de dégâts ! Ça reste du pur scoring, et c'est un peu dommage que le score en lui-même n'apporte aucune récompense (à l'exception d'une vie à la fin du calcul) étant donné que ça aurait pu motiver à s'investir davantage dans le raid de donjons. Le concept reste néanmoins intéressant.

Dans la lignée de son aspect un peu "arcade", sachez d'ailleurs que le jeu fonctionne sur un système de vies : En effet, si votre jauge de vie est vidée, vous ressuscitez immédiatement et ce jusqu'à l'épuisement de votre stock de vies, en quel cas vous serez renvoyé dans votre village natal. Si vous risquez d'avoir quelques Game Over vers le début du jeu vu votre arsenal peu puissant, le reste de l'aventure reste globalement plutôt facile ; qui plus est, le jeu est relativement court (environ 6 heures pour le finir à 100%)... Le système de vies n'a donc pas beaucoup d'influence sur votre manière de jouer.



C'est vraiment comme ALttP... mais avec plus d'explosions et de rafales de mitrailleuses.


Le scoring est un ajout original, et le système de vies aussi, mais leur influence est au final plutôt limitée.


Pour finir, revenons sur ce qui démarque finalement le plus ce jeu de son modèle : Son univers. Non seulement le setting change complètement, mais le jeu est d'un tout autre ton aussi : Comme vous avez pu le remarquer, les personnages ont un aspect très cartoon. Et c'est très réussi : Les sprites sont certes simples mais franchement bien animés et attachants. Il faut dire que le charadesign est de Isami Nakagawa, mangaka connu au Japon pour ses histoires comiques et absurdes (comme Poguri). L'humour est un élément constitutif de l'ambiance du jeu, et il est évident qu'il s'agissait là d'un des aspects que les développeurs voulaient mettre le plus en avant pour démarquer Gunman's Proof des autres Action-RPG de la console. L'OST n'est pas en reste, elle renforce admirablement bien l'univers du jeu et certaines tracks sont vraiment stylées comme les musique d'oveworld Scenario 2 et Scenario 3. Malheureusement, je n'ai aucune idée de qui l'a composée, car le jeu ne contient... pas de crédits. C'est très dommage, les développeurs de ce jeu méritaient au moins d'être connus.



Sans commentaire.


La description des objets fait partie intégrante de l'univers du jeu.


Voilà pour Gunple ~GUNMAN'S PROOF~. Cet Action-RPG est au final bien plus "Action" que "RPG", et c'est peut-être une des meilleures choses à propos de lui. Franchement, faites-le : Il est court, et il vaut clairement le coup. S'il n'est évidemment pas aussi complet que son modèle, The Legend of Zelda: A Link to the Past, il est aussi surtout bien plus original et inventif. Le gameplay est excellent et l'univers est unique, ce jeu mérite donc toute votre attention. Et puis, il y a un bazooka !




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