Mac   Chu-Teng   Aventure   1995  PAR Folkefiende 






Malgré le manque de succès de Tong-Nou, Sato n'a pas voulu en rester là. C'est donc dès l'année suivante - en 1995 - que sort Chu-Teng... toujours uniquement sur Mac un premier temps et bien sûr exclusivement au Japon, pour cette fois-ci - sans surprise aucune - le rester. Cependant, lorsque l'existence du jeu a été découverte bien plus tard par des amateurs occidentaux, il a acquis une sacrée réputation... Non pas pour son contenu, non, mais bien plutôt par le fait qu'il était considéré comme complètement introuvable ! De la même manière que certains films n'ont pas survécu à l'épreuve du temps ou de la guerre, on croyait de Chu-Teng qu'il avait été perdu - c'était devenu un "lost game". Tout du moins, c'est ce qu'on pensait avant que des gars du board /vr/ de 4ch - qui savent donc faire des trucs très bien quand ils ne passent pas leur temps à s'insulter - ne se décident coûte que coûte à mettre la main dessus. Après avoir retourné Internet tout entier, essuyé un refus cuisant de la part du seul collectionneur japonais possédant le jeu qui n'acceptera jamais de le ripper, et après avoir obtenu l'aveu de Sato lui-même que Chu-Teng était si paumé que même lui n'en possédait pas le moindre exemplaire, c'est par le plus hallucinant des hasards qu'un anon sorti de nulle part déclare avoir le jeu qui... traîne dans son grenier. Intervention qui ne faire rire personne... et pourtant, ce qui ressemblait effectivement à du tease bas-de-gamme s'est révélé on ne peut plus véridique ! C'est donc avec une chance aussi inouïe qu'improbable que Chu-Teng a été retrouvé par une équipe d'explorateurs improvisés pilotant leur expédition depuis une sous-couche d'un des endroits les plus miteux du web... Maintenant que cette rareté a enfin été ramenée à la civilisation, jetons donc un œil à ce qu'elle propose.

Il est quelque chose, au-delà du Ciel, qu'on appelle le "Teng" - ce qui pourrait se traduire par "paradis", mais en rapprochant ici le terme de la notion bouddhique de devaloka. Cependant, la paix immémorielle de cet espace métaphysique est un jour menaçée par l'intrusion d'inquiétants nuages de ténèbres qui réussissent à s'infiltrer jusque dans le Ge-Teng - "en dehors du paradis". C'est alors que le noble Suinshin décide d'envoyer Nanshu, seule créature capable de se rendre dans le Ge-Teng en séparant sa tête de son corps et s'y matérialise donc sous la curieuse forme d'un immense visage violet à la langue pendante. Malheureusement, tout ne pas se passe pas comme prévu : Les ténèbres prennent le dessus sur Nanshun et celui-ci éclate en morceaux. Quelques parties de son visage, dérivant dans le cosmos, finissent heureusement par trouver leur chemin en étant guidés par une lumière venant de la surface de la Terre ; Cette lumière, c'est la lueur émise par l'âme de Rin, le héros de Tong-Nou, alors même qu'il revient de son étrange épopée en extrême-orient ! Devant s'en remettre à Rin pour le sauver, la voix de Nanshu résonne : « Mes oreilles deviendront le dispositif qui t'offrira la connaissance, et mon œil droit deviendra le vaisseau qui te conduira au Chu-Teng. »

Ce "Chu-Teng", c'est le "milieu du paradis" - son cœur même... Il est divisé en trois aires, qu'on peut rejoindre à l'aide du fameux vaisseau : Le sanctuaire de la Lune, le sanctuaire des Étoiles et le sanctuaire du Soleil. C'est dans ces terres sacrées que se sont dispersées les différentes parties du visage de Nanshu... et c'est ainsi que Rin embarque pour de nouvelles aventures spirituelles au-delà des voûtes célestes.



... Ouais. En tout cas, une chose est sûre : Osamu Sato aime beaucoup le bouddhisme et les têtes géantes.


Comme vous pouvez le voir, le jeu se veut une suite de Tong-Nou ; et il s'agit de plus qu'une seule suite spirituelle (ah ah) puisque Chu-Teng reprend exactement le même moteur que son prédécesseur. Le principe reste donc le même : On clique un peu partout pour se déplacer entre les écrans, ramasser des objets ou interagir avec un élément du décor. Cela dit, malgré les fortes similitudes avec le jeu précédents, des changements ont quand même été opérés pour cette suite. Et pas forcément pour le mieux, à vrai dire...

Déjà, l'idée de réincarnation a été abandonnée. Bien sûr, c'est n'est pas une mauvaise chose en soi - après tout, c'est une nouvelle aventure, alors autant essayer quelque chose de nouveau ! Mais... le problème, c'est qu'il n'y a rien de nouveau, justement. Ce concept a été abandonné, mais rien d'original n'est venu le remplacer. On se retrouve donc avec un jeu d'aventure relativement classique dans sa progression, avec quelques possibilités de Game Over, mais voilà tout. C'est vraiment dommage, car Tong-Nou avait vraiment su tirer une force grandiose de son principe bouddhique bizarre... mais dans Chu-Teng, on retourne étonnamment à un truc beaucoup plus bateau.



Bon euh, croyez pas hein - c'est toujours bien bizarre hein. Mais c'est aussi tout de même moins surprenant...


J'imagine que Sato a voulu tenter quelque chose de plus "basique", estimant que la bizarrerie de son premier jeu était peut-être ce qui avait tenu le public éloigné - et si c'est le cas, on peut aisément considérer qu'il s'agit d'une erreur d'analyse... Alors, c'est sûr : Le jeu est plus compréhensible et moins bordélique - on s'y retrouve plus simplement et c'est au final assez straightforward malgré les fragments de non-linéarité restants. Mais c'est justement le surréalisme assumé jusqu'au bout qui avait en grande partie fait le charme de Tong-Nou qui disparaît avec ça, et c'est bien dommage.

Après, la structure du monde de Chu-Teng reste un peu particulière : L'essentiel du jeu consiste à faire des vas-et-viens au sein du Sanctuaire des Étoiles, un hub circulaire basé sur le èr shí bā xiù - équivalent chinois du système zodiacal - dont chaque pièce ou presque est habitée par une créature sacrée. Le jeu est donc, logiquement, largement plus basé sur les interactions avec les personnages, et l'inventaire est aussi plus souvent sollicité vu le nombre d'objet qui circule - moins d'exploration et plus de fetch quests, donc... Bien sûr, il y aura tout de même quelques surprises sur votre chemin, mais pas de quoi épater un Rin qui en a vu des plus belles en extrême-orient.



Le jeu a bien ses particularités, comme ce perso qui fait un double de vos clés, mais c'est vraiment revenu à plus classique.


Au moins, on se plait à découvrir chaque nouveau personnage ! C'est assez dommage que le game design tombe aussi à plat dans ce Chu-Teng, car les bestioles est dans la droite lignée de son prédécesseur et ceux qui y avaient apprécié les charadesigns barrés de Sato auront de quoi se mettre sous la dent : L'accent mis sur les personnages fait qu'ils sont aussi plus présents, et que beaucoup d'entre-eux ont même un look encore plus barré - car oui, c'est possible !

Mais il faut bien aussi admettre que les changement opérés ont aussi eu un impact négatif sur la possibilité qu'a l'univers de nous toucher : L'exploration du monde ayant largement laissé place à des allers-retours entre persos, on n'a plus vraiment l'impression de cohérence folle de Tong-Nou, où on sentait véritablement toute l'immensité de la mythologie dans la tête de Sato. Le jeu étant aussi moins long et complet, ça n'arrange rien à l'affaire... En fait, je me demande sincèrement si ce jeu n'a pas été rushé pour une raison ou pour une autre : J'ai l'impression qu'il lui manque une dimension que Sato n'est pourtant, de toute évidence, pas du genre à laisser de côté.



Sato s'est fait plaisir pour les persos, ça se voit... et c'est tant mieux, puisque c'est au final là l'intérêt du jeu.


L'OST est elle toujours bien expérimentale par contre, et cette fois-ci même carrément erratique : La plupart des musiques de fond sont des loops très courts d'electro déglinguée voire abrasive mêlant oscillateurs saturés, boîtes à rythmes dissonantes, chœurs synthétiques et cowbells 808. Le plus surprenant, c'est que ces loops sont assignés à une pièce ou à un endroit en particulier, et donc constamment en train de changer sans arrêt quand on se déplace à travers le "paradis" ; du coup, la musique de fond se transforme vite en une espèce de cacophonie étrangement accrocheuse. Si cette bande-son risque fortement de faire saigner les oreilles de beaucoup, elle a le mérite de créer par le biais de son originalité comme de son instabilité un paysage auditif hyperactif et presque schizophrène. Comme pour Tong-Nou, il a d'ailleurs incorporé des sonorités du jeu dans un album lié du titre de Equal, du coup moins new age et plus breakbeat que le précédent.



Avec ce qu'il lui reste du premier épisode, et son OST frappadingue, Chu-Teng reste intéressant - même si bien en deçà de Tong-Nou.


Voilà donc les mystères de Chu-Teng percés ! Même si c'est, au final, un constat un peu décevant - surtout pour un jeu qui se sera fait, à sa manière, beaucoup attendre... Après, il ne faut pas s'y tromper : Chu-Teng reste un jeu intéressant, évidemment unique et typiquement Osatoïen dans son univers, sans le moindre doute ; c'est juste qu'il fait pâle figure devant son illustre prédécesseur.


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